Avec quelques grains de sable...
L’histoire des grains de sable se compte en millions d’années. Issu de la dégradation des massifs montagneux, le sable est transporté par les fleuves jusqu'à la mer. Sur le littoral, il se laisse porter par les vagues qui le déposent sur les plages. Justement, les plages parlons-en. Elles sont souvent synonymes de bronzette, trempette et parasol.
Nous goûtions le plaisir exquis de sentir le sable s’enfoncer mollement en cédant sous nos pas. Minucius Félix.
Espace naturel entièrement dédié à la détente, la plage est la destination préférée de nombreux vacanciers à travers le monde. Mais savez-vous qu'après l’air et l’eau, le sable est la ressource la plus utilisée au monde ?

On le trouve dans le béton, qui alimente, au rythme de deux tonnes par an et par être humain, un boom immobilier ininterrompu. Mais aussi dans les puces électroniques, le papier, le plastique, les peintures, les détergents, les cosmétiques… Ce sable, que nous aimons fouler du pied ou laisser filer entre nos doigts, s’est glissé à notre insu dans tous les interstices de notre quotidien.
Cependant, en mouvement constant, c'est un matériau paradoxal : très malléable, la pluie le creuse et le vent le disperse. Il évoque la fuite du temps et la fragilité des choses. Mais marcher à son contact procure un certain contentement puisque instinctivement on se déchausse en abordant la plage. Il masse, caresse, s’écoule sur le corps, autant qu’il peut être cinglant quand le vent se lève. Chaud, sa douceur invite l’adulte à s’y étendre pour mieux s’y lover, l’enfant à le modeler ou à s’y enterrer. Point de risques. Sachez qu'au bord de la mer, le sable est nettoyé régulièrement à chaque marée.
D'ailleurs, certains adultes y vouent une adoration telle qu'ils le collectionnent. Ce sont des arénophiles. L'intérêt de ce passe-temps réside dans la variété des couleurs, de la texture, de la minéralogie et bien entendu dans l'emplacement géographique. Les sables collectionnés peuvent provenir de plages, de dunes, de déserts, de fleuves, de rivières ou de sablières.
Je le ramasse sur diverses plages, les grains sont très différents d'une plage à l'autre. Le sable est par exemple très fin à Biarritz et sur la côte atlantique, alors qu'il est plus gros en Méditerranée. Le sable, ma matière première, n'est donc pas difficile à trouver. Maryse Muller Ziarczyk.

Mais le sable, une fois tassé, devient très résistant. C'est pourquoi, depuis les années 60, les familles en villégiature pratiquent généreusement le château de sable et toutes ses variantes, aussi aléatoires et soumises aux houles et aux marées les unes que les autres. Et ça, les enfants l'ont bien compris ! le sable est mieux qu’un jouet ou un jeu. C’est un matériau à leur disposition. Ils en sont les maîtres et peuvent l’utiliser à leur guise tout en faisant travailler leur imagination.
Tout commence avec une pelle, un petit seau, quelques grains de sable et un peu d’eau salée… Et oui, dès leurs plus jeunes âges, et pour leur plus grande joie, les enfants passent de longues heures à tasser le sable mouillé afin de réaliser le plus beau des pâtés. Si, dans le film Nous irons à Deauville (1962), pedia.org/wiki/Louis_de_Funès">Louis de Funès enseigne à Michel Galabru l'art difficile du pâté de sable, il suffit pourtant de remplir un seau avec du sable humide, de bien le tasser, de le retourner d'un seul coup et de dégager le seau tout doucement. Et quel plaisir de l'écraser sous son pied sans aucun état d'âme la journée terminée. Parce que nos petites têtes blondes savent bien que cette construction éphémère soumise aux vents et marées disparaîtra indubitablement.
Je considérais les jeux des autres enfants. Ils faisaient, à l’aide de seaux, des rangées de jolis pâtés de sable… Soudain, à un moment que ma bonne tournait la tête, je m’élançais et piétinais tous les pâtés. André Gide
Extrait tiré du film Nous irons à Deauville réalisé en 1962
Mais avec le sable, on peut faire bien mieux ! En effet, cette aimable distraction enfantine s’élève, pour certain, au rang d’un véritable art avec ses virtuoses, ses professionnels, ses créations et ses records. Je parle bien évidemment du château de sable, accessible aux grands comme aux petits, véritable star de l'été.
Il n’y a pas de limite d’âge, vous pouvez aimer faire des châteaux de sable quel que soit votre âge, et cela aide à penser comme un enfant, explique Renzo Piano.

L'idéal est d'utiliser un sable légèrement humide, le plus fin possible (celui des dunes étant meilleur que celui du bord de l'eau) et de travailler au coucher du soleil afin d'éviter que le sable ne sèche trop vite. Mais attention à choisir le bon endroit : trop près de la mer, il risque de disparaître prématurément. Trop loin, vous ne pourrez pas jouer avec l'eau, alors que l'humidité est essentielle.
Concrètement, comptez un seau d’eau pour 50 seaux de sable. D'après l'étude publiée il y a quelques jours dans « Nature Scientific Reports » l'eau agit comme des petits « ponts » entre les grains de sable et les fait se coller entre eux.Trop sec, le sable ne pourra pas supporter de charge et trop humide, il finira par glisser sous son propre poids. Reste donc la juste proportion alliant solidité et possibilité de sculpter l’ensemble. Il est préférable d'utiliser du sable mouillé à l'eau de mer car même sec, il aura tendance à coller à cause du sel qu'il contient. Votre château de sable n'en sera que plus solide. Car au fur et à mesure que l'eau va s'évaporer, des liens de sel vont prendre leurs places, assurant la cohésion de l'édifice.
Le vrai ennemi, c’est le soleil, qui sèche, et le vent. La pluie, ça harmonise le tout. Les impacts en surface donnent une texture de grès ou granit. C’est assez joli ! Christian Avril
Mais ne vous y fiez pas, le sable de plage est presque le pire des sables à sculpter ! C'est un sable très fin certes, mais il ne tient pas parce que les grains sont ronds. Pour les sculptures, Il est primordial d'utiliser des grains de sable carrés. Cette forme leur permet de mieux “s’emboîter” pour se compacter facilement pour finalement obtenir une structure extrêmement solide. Cependant, ne mettez pas vos outils de plage au placard, pelles, sceau et râteaux vous seront nécessaires pour collecter votre matière première.
Et qui sait ? Peut-être à force de travail et de détermination, vous deviendrez le prochain Carl Jara, celui-là même originaire de Cleveland, qui a remporté 9 fois le championnat du monde de sculpture de sable.

Néanmoins, constamment menacées par les forces naturelles, tel que par le vent et les vagues, ses œuvres de sables ne durent qu’un instant. C’est d’ailleurs ce qui en fait leur beauté. Mais un autre art périssable émerge et je ne peux me résoudre à finir cet article sans vous en dire deux mots : c'est le beach art ou arénaglyphe.
Profitant du sable mouillé lors des marées basses, le passionné s'arme de son râteau ou d'un simple bâton afin de faire un immense dessin à même le sable utilisant parfois 100 000 m2 . Après de longues heures de travail, le résultat est magnifiquement surprenant ! En fait, l’artiste prend possession d’un lieu commun pour y exprimer ses idées et provoquer le passant. Pour d'autres, c'est surtout le moyen de rencontrer des gens et d'engager la conversation. Néanmoins, c’est vraiment très différent que de peindre une toile au format défini dans un atelier qui est toujours le même, avec la même lumière.
Le sand art, encore et toujours ! N'hésitez pas à le voir sur plein écran....
Pour conclure :
La sculpture sur sable est un art éphémère qui ne rapporte rien, si ce n'est de susciter l'émerveillement et de surprendre des admirateurs. Sanjay Jhowry